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Nigéria: 4 fermiers nigérians accusent Shell

By on January 30, 2013

Le tribunal de La Haye tranchera mercredi entre le géant pétrolier Shell et quatre pêcheurs et fermiers nigérians qui accusent le groupe anglo-néerlandais d’avoir pollué des villages dans le delta du Niger en 2005, un jugement qui pourrait établir un précédent en matière de responsabilité environnementale.

Les quatre plaignants, qui ont assigné Shell en justice dans la ville où le groupe a son siège, à plusieurs milliers de kilomètres de chez eux, sont en effet soutenus par une ONG de défense de l’environnement qui espère qu’un jugement en leur faveur fasse jurisprudence et puisse être utilisé dans d’autres pays.

“Ce qui est nouveau, c’est qu’une société néerlandaise est poursuivie aux Pays-Bas pour les actions d’une filiale à l’étranger, dans ce cas-ci Shell Nigeria”, assure à l’AFP Geert Ritsema, porte-parole de “Milieudefensie”, branche néerlandaise de l’ONG Amis de la Terre (Friends of the Earth), également plaignante dans cette affaire.

“Vu que cette plainte est basée sur le droit européen, une victoire pourrait être un signal pour que des actions soient intentées dans d’autres pays, contre Total en France par exemple”, a poursuivi le porte-parole.

Le juge Henk Wien lira un résumé du jugement à partir de 10H00 (09H00 GMT) lors d’une audience publique au tribunal de La Haye. Le procès, au civil, avait débuté en 2008.

Les quatre pêcheurs et fermiers nigérians accusent Shell d’être responsable des fuites d’un oléoduc au Nigeria. Ils assurent en outre que le groupe pétrolier n’a pas nettoyé la pollution qu’il a provoquée et qui a détruit leurs terres et leurs étangs.

Ils exigent que le géant pétrolier soit jugé responsable des fuites, qu’il nettoie les dégâts dans leurs trois villages, s’engage à surveiller et mettre à jour son matériel défectueux, et leur paye des indemnités.

Shell assure pourtant de son côté que la pollution dans le delta du Niger est due à des sabotages des oléoducs et à des vols de pétrole. Interrogé par l’AFP, le vice-président du département environnement de Shell avait soutenu en octobre, à l’issue d’une audience devant le tribunal : “ce n’était pas notre faute, mais nous avons quand même tout nettoyé”.

“Au Nigeria, le vol et le raffinement illégal de pétrole sont quotidiens”, a affirmé à l’AFP un porte-parole de Shell : “la cause de l’écrasante majorité de la pollution pétrolière, ce sont ces activités illégales”.

Selon l’ONG Amis de la Terre, la pollution pétrolière au Nigeria est deux fois plus importante que les 5 millions de barils qui avaient été déversés dans le Golfe du Mexique en 2010 suite à la fuite causée par l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon du britannique BP. Shell conteste ce chiffre et assure que la pollution au Nigeria est bien moindre.

Huitième exportateur de pétrole au monde et premier producteur d’Afrique subsaharienne avec plus de 2 millions de barils par jour, le Nigeria est le théâtre depuis 50 ans d’une exploitation pétrolière extrêmement polluante.

“Nous sommes prêts à nous battre pour cette affaire aussi longtemps qu’il le faudra”, a assuré M. Ritsema, en référence aux appels et pourvois en cassation qui pourraient suivre : “je doute fort que nous ayons mercredi un jugement qui arrange les deux parties”.

Les analystes estiment qu’une victoire des Nigérians serait une étape importante pour que les multinationales soient tenues plus facilement responsables des dégâts qu’elles provoquent dans des pays en voie de développement.

De nombreuses ONG environnementales accusent les grands groupes pétroliers d’appliquer des normes environnementales beaucoup plus laxistes à l’étranger que dans leur pays d’origine, ce que réfute Shell.

Mais entamer une procédure dans un pays en voie de développement est difficile, la législation étant souvent mal construite et son application maladroite, soulignent les analystes

Source: Jeune Afrique.

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