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Cameroun: la censure de retour dans les médias

By on June 29, 2012

Le président du Conseil national de la Communication est cloué au pilori pour ses bourdes et tentatives d’entraves à la liberté d’expression.

Joseph Befe Ateba doit avoir été victime d’une violente berlue. Ou, pour coller à l’actualité, il a dû faire la rencontre du genre d’usurpateur dont les autorités mettent en garde dirigeants et populations ces derniers mois. Ainsi a-t-il vraisemblablement reçu un individu se présentant comme le «procureur de la République de la Cour d’appel du Centre (parquet du tribunal de première instance de Yaoundé-Centre administratif)». (Re)ainsi s’est-il trouvé, sous la dictée de cet imposteur et peut-être même sous la menace d’une arme, contraint et forcé de demander «à tous les organes de presse de se conformer scrupuleusement aux dispositions de la loi n°90/52 du 19 décembre 1990 portant liberté de la communication sociale au Cameroun qui, en son article 13, constitue le procureur de la République destinataire, deux heures au moins avant diffusion de deux exemplaires signés de chaque édition».

Le résultat de cet effarant psychodrame est un communiqué musclé, signé mardi dernier et adressé à tous les organes de presse, qui «doivent désormais se conformer sans désemparer aux normes sus-évoquées – celles-ci étant assorties de sanction». Les lois étant faites pour être appliquées, on ne va pas faire le procès au président du Conseil national de la communication (Cnc) d’avoir voulu simplement rappeler des évidences.

Las ! La loi invoquée, en son article 13 (nouveau) relatif aux dépôts obligatoires et qui date de 1996, dispose que «le directeur de publication est tenu de déposer auprès du procureur de la République, deux (2) heures au plus tard après la parution, deux (2) exemplaires signés de chaque édition». C’est donc d’un acte a posteriori qu’il s’agit. Et d’un. Et de deux : là où la démarche de Mgr Befe Ateba prêche par sa perversité, qui plus est dans un contexte de dénonciations médiatiques tous azimuts, c’est lorsqu’il décide de ne pointer qu’un seul dépôt obligatoire potentiellement vecteur de répression, omettant de rappeler les dépôts administratif et légal également prévus dans la même loi. Pour sa tentative de réinstauration de la censure a priori, il lui faudra trouver une autre parade. Et Dieu dans tout ça ?

La deuxième boulette, sans doute la plus grossière et la plus scandaleuse, est la référence à la saisine du «procureur de la République de la Cour d’appel du Centre (parquet du tribunal de première instance de Yaoundé-Centre administratif)». L’organisation judiciaire du Cameroun, indiquent des connaisseurs de la chose, pourvoit les Cours d’appels en procureurs – ou avocats – généraux. L’évêque de Kribi vient de pécher grossièrement par action et par omission. Et il urge de retrouver la véritable identité de l’homme ayant ainsi – restons dans les présomptions – manipulé sa plume.

Même pas peur

En attendant, le président du Cnc a, en quelques coups de ciseaux et en l’espace de 05 jours seulement, relégué l’organisme dont il a la charge au chapitre des dossiers pourris qui empoisonnent aujourd’hui la vie de la Cité. Et ses dérives autocratiques risquent fort de précéder, désormais, la recherche de cette crédibilité dont le Conseil a tant besoin pour se poser en instance objective et à l’autorité incontestable.

Voici près d’un an, dans ces mêmes colonnes, nous constations que l’arrimage dudit Cnc aux pouvoirs publics «suscite bien des méfiances, le reléguant au rang d’éléphant blanc ou de prétexte démocratique au service d’un régime qui n’est pas un modèle en matière de respect des libertés». Nous y voici. La récente réforme présidentielle de cet organe lui confère des missions plus seulement consultatives. Le Cnc est désormais doté de pouvoirs régulateurs, toute chose qui ne peut que réjouir ceux-là rêvant d’assainissement et d’une justice des pairs, dans un milieu infesté de tirs-au-flanc, chasseurs de primes et autres mécréants tapis dans le 4è pouvoir.

Mais Paul Biya a oublié d’aller au bout de sa logique. Conséquence: il manque toujours les 08 autres membres devant constituer le tribunal des médias. Moyennant quoi, Joseph Befe Ateba, né le 25 avril 1962 à Nkoabe, par Ngomedzap (Centre), s’est érigé en homme-orchestre. Seul dans son coin, il cultive un inextinguible instinct répressif. Ainsi s’est-il signalé essentiellement sur le terrain des mises en garde et autres sanctions, dont la dernière est cet avertissement sans frais à La Météo et L’Anecdote, sans préjudice d’une mesure de suspension. Ou carrément l’interdiction. Mgr Befe Ateba est l’auteur d’un livre intitulé : «En comptant les poutres…», dont – publicité gratuite – la cérémonie de dédicace aura lieu le 06 juillet prochain dans son diocèse. Il ne devrait pas seulement les «compter» mais enlever celle qu’il a plantée dans l’œil.

Comme avec le fameux dépôt légal, l’approche totalitaire et son autorité sélective ont fait oublier au diplômé du Media Service Center (Msc) de Kaduna (Nigeria) et de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic) de Yaoundé, cette disposition du texte réformant le Cnc : «les décisions du Conseil sont prises par consensus ou à la majorité simple des membres présents ou valablement représentés». Sans avoir procédé à la moindre confrontation, foulant au pied le principe de la critique des sources, il a décrété que les publications intéressées avaient enfreint les sacro-saints principes déontologiques du secteur. Eux, sans doute. Et lui ?

Source: Mutations.

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