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Du carburant frelaté sur le marché camerounais

By on February 17, 2010

«Ce n’est pas le «zoua zoua» (mauvais carburant issu de la contrebande, ndlr) que nous servons dans cette station. C’est le carburant original qui vient tout droit des dépôts de la SCDP (Société camerounaise des dépôts pétroliers)». C’est ainsi que Ferdinand M., chef de piste d’une station service à Douala a réagi face aux inquiétudes des clients qui se plaignaient de la qualité du carburant servi. Pour un chauffeur de taxi, «l’odeur est trop forte et tout le monde se plaint. Certains descendent de la voiture en disant qu’ils ne peuvent pas supporter cette odeur pendant longtemps avec le risque d’être asphyxié. C’est plus grave quand la voiture est climatisée. Personne ne porte de toucan pour se protéger. Il faut remédier à cette situation au plus vite». A la Société camerounaise des dépôts pétroliers où nous nous sommes rendus vendredi 12 février, le problème se veut passager. Pour un responsable technique, «ce n’est pas la première fois que nous sommes confrontés à cette situation mais chaque fois que la SONARA est en pleine maintenance de ses installations. Le carburant que nous distribuons est celui de la réserve et l’odeur qui est sentie résulte des produits de conservation que nous injectons dans le carburant pour sa bonne conservation».
i le prix n’a pas connu une cure d’amaigrissement suite à ce désagrément, c’est la mauvaise odeur qui est stigmatisée. «C’est un carburant de bonne qualité et les produits que nous y avons injectés sont sans danger pour la santé et n’ont aucune incidence sur le moteur sinon on l’aurait retiré du circuit de distribution. Ce problème est passager car la Sonara va bientôt reprendre la production », clarifie un technicien. Ces explications sont loin de convaincre les populations qui croient à une manipulation. Alfred Madhi, chauffeur de taxi à Douala : «Ce n’est pas la vraie essence qu’on nous vend mais du carburant de deuxième catégorie. En temps normal le prix devait baisser mais nous sommes dans un pays où on peut tout faire aux populations sans que celles-ci ne réagissent. Le vrai carburant obéit à certaines normes et qualités comme de l’eau qui doit être incolore, inodore et sans saveur.Dès que l’eau perd ses propriétés, elle cesse d’être conseillée à la consommation. C’est le cas du carburant actuel. Comme on n’a pas le choix, on continue de la consommer. Beaucoup vont payer les pots cassés après»

L’origine du « mauvais carburant »

Deux thèses s’affrontent, au regard d’éléments glanés aux termes des échanges avec de différents responsables et experts du créneau de la production, du transport et de la distribution des hydrocarbures au Cameroun. La première veut que la forte présence d’une substance chimique que les spécialistes appellent le mercaptan (une forme d’alcool sulfuré) qui vise à adoucir l’effet du mercure sur le super – carburant soit à l’origine de la mauvaise odeur qui se dégage des pompes à essence. En effet, l’odeur forte de l’acide sulfhydrique s’apparente généralement à celle d’oeufs pourris qui est humée aussi bien dans les essenceries qu’abord des véhicules.

Cette provision de super – carburant (vulgairement appelé, super), servie aux consommateurs aurait été importée du Bénin par une entreprise, « acheteur aux ordres » dénommée Adax, qui détient des parts à Tradex. Les marqueteurs qui sont les propriétaires des stations services auraient fait recours au service de cet acheteur aux ordres pour pallier l’absence de fourniture de la Société nationale de raffinerie (SONARA). C’est du moins ce que expliquent les tenants de cette première thèse, pour justifier l’odeur nauséabonde du super –carburant. Ces derniers laissent croire que cette provision n’est pas dommageable pour les moteurs et surtout pour la santé. Allant jusqu’à la comparer à celle du gaz domestique qui n’altère pas sa qualité mais contribue à signaler la présence de cette molécule très inflammable.

Du plomb dans les réservoirs

Cette version est battue en brèche par une autre tendance qui attribue à cette mauvaise odeur une forte teneur en plomb. Pour ceux là, les marqueteurs, dans l’urgence de trouver des provisions pour satisfaire la demande de leurs clients ont dû se ruer sur le premier offrant sur le marché mondial et sont tombés par infortune sur ce super –carburant dont l’odeur est peu habituelle pour le consommateur camerounais ; et donc, sa forte teneur en plomb fait penser d’avantage à une poudrière qu’à une essencerie. Si cette version est avérée, le super – carburant vendu actuellement serait très nocif pour la santé, du fait de ce plomb beaucoup plus sulfureux que le mercaptan.

Les deux thèses fondent à croire, au moins que la provision du super – carburant vendue à la pompe serait un produit consommé sous d’autres cieux sans que personne ne s’en offusque. Toute chose difficile à croire, tant son odeur est répugnante. Cette argumentation est tellement tirée par les cheveux que la question qui est celle de savoir si les effluves répugnants ne seraient pas ressentis de manière universelle, l’écarte définitivement. L’ensemble des responsables reste peu loquace sur le sujet et préfère aborder la question de la composition chimique du combustible querellé. S’ils affirment qu’il n’est pas dangereux, le fait qu’ils refusent d’être cités dans les journaux est suspect. Car apprend-on, le coup de massue des principaux marqueteurs (Total, Texaco, Tradex) peut faire tomber des têtes. Le consommateur lui, reste dans l’expectative en l’absence de précision émanant de la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) ou même du ministère des Mines et du développement technologique.

In Le Messager.

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